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Choisir un Psychiatre ... Tout un parcours

  • La démarche consistant à aller consulter un psychiatre n’est pas une démarche « facile ».

De manière générale, hormis les tentatives se faisant sur un mode « impréparé », dans le registre impulsif, de ce qui se trame dans le semblant d’une « urgence », il y a tout un parcours souvent sinueux et long, avant de concevoir l’idée de prendre un premier rendez-vous, susceptible d’enclencher un processus « thérapeutique ».

Bien que dans certains milieux, le rapport au « psy » soit préalablement décanté d’idées des plus préconçues, parce qu’entre autres, la chose psy s’est étendue dans le champ culturel et médiatique (où les psys sont invités pour donner leur avis sur tout ou presque, sans que cela soit forcément légitime ou pertinent) -  le social, les « préjugés », font souvent croire encore qu’aller voir un psychiatre, est l’affaire de gens "dérangés", autrement dit dans le langage commun, et erroné, l’affaire des « fous ». Les gens « normaux », eux n’auraient donc nul besoin de consulter. Ces préjugés se retrouvent même parfois chez certains professionnels de santé qui vont jusqu’à déconseiller à leurs patients de prendre de telles initiatives…
 

  • Qui est « normal », qui est « fou » (1)
    ces questions quelque peu ségrégatives ouvrent beaucoup plus de - questions (psychologiques, sociologiques, anthropologiques, sinon éthiques voire métaphysiques) qu'elles n'offrent de réponses satisfaisantes. (Les réponses du commun).

Souvent, par exemple dans les familles, ou les couples, celui qui aurait le plus besoin de consulter botte en touche, s'exonérant de toute remise en question, et va inciter les autres qui supportent mal son malêtre, à consulter, non sans y voir une invitation disqualifiante : il ne fera pas la démarche pour lui même. Le "malade" en ce cas, c’est toujours l’autre. Et la prétendue "maladie", relève ici volontiers de l’insulte. La projection est un mécanisme de défense très économe pour soi-même.-  Même les psys d’ailleurs peuvent être réticents à consulter  (corrélativement, la formation psychanalytique des psys est depuis plus de vingt ans sur le recul) et considèrent le cas échéant l’invite à consulter comme une attaque déguisée : c’est donc peu dire au final, que se lancer dans la démarche requiert en fait, bien souvent, courage, détermination, mise à bas des préjugés à flanc de vulgaire et d’opinion, humilité, acceptation d’un non-savoir,  et une certaine confiance vis à vis d’un autre potentiel… par delà la souffrance, l’embarras, les questions susceptible d’en initier le « primum movens ».
 

  • Puis à vrai dire, -Qui- consulter ?
    certains ne se posent pas la question ou se lancent sans la moindre notion de l’offre. Peu importe, le Dr Machin, Mme Truc, ou encore Mr Normal, feront, pensent-ils l’affaire. Et puis quel Psy ? Un Psy-chiatre, -chologue, -chanalyste, -chothérapeute, et autres professions qui s’arriment de plus ou moins loin à la nébuleuse psy…

Mais – qui-, quand bien même ces distinctions seraient un peu maitrisées… Qui donc contacter ? Certains se fieront à leur généraliste, et à sa liste plus ou moins réduite de psys triés sur des critères forcément toujours très subjectifs et se révélant souvent au bout du compte sans pertinence forcément… D’autres, à leur entourage qui eut affaire un jour à un psy. D’autres encore, aux pages jaunes ou internet, se laissant guider par les lois supposées du hasard, ou de la proximité kilométrique, quand ce ne sont pas des facilités financières supposées qui joueront comme critère électif…Quoiqu’il en soit, et par-delà les modalités d’accès,  il importe de savoir qu’une très grande hétérogénéité existe dans cet univers  et qu’entre la diversité des parcours, des formations universitaires et post-universitaires, mais aussi celle de la personnalité des professionnels sollicités - qui ne sauraient être "objectifs" mais tout au plus "suffisamment subjectivés" et parfois neutres - la variété est au rendez-vous, et porte bien évidemment à conséquence.
 

  • Il ressort dès lors, qu’il faut parfois probablement des mois sinon des années, avant d’entamer un processus, susceptible d’être partiellement « thérapeutique » ou  globalement résolutoire de ses – symptômes, et autres questions lancinantes ; avant donc de trouver un « psy suffisamment bon » pour reprendre au pédiatre et psychanalyste anglais D. Winnicott  - et pour soi-même.

Il arrive au demeurant, que des personnes ayant déjà opéré un parcours préalable, ou ayant même vu un nombre certains de psychiatres ou de « psys », tentent à demi blasés de re-commencer, sans trop y « croire ». Il leur faudra dés lors certainement se défaire de leurs déceptions/attentes antérieures, de leur crédo gauchi par la négativité, pour accepter de ne pas être inévitablement inscrits dans une dynamique d’échec ou de répétition. Mais cela ne peut se faire à n’importe quelles conditions. "Re-commencer", "re-prendre à zéro"? Certainement pas.
        Commencer- certainement, pour échapper peut-être, un tant soit peu, à la malédiction de Sisyphe.
 

F. BELLAICHE (1)
 



Normalité/Anormalité F. Bellaiche, T. Nathan ss la dir. d’Y. Pelicier, in Les Objets de la Psychiatrie, L’esprit du Temps, 1998.


 

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